CANCéROLOGIE
De la prévention au traitement

Multiples nodules dans la rate d’une chienne de race croisée âgée de 10 ans. L’analyse a montré qu’il s’agissait d’un sarcome histiocytaire.
Il y a quelques siècles, la plupart des gens mouraient relativement jeunes, de tuberculose, grippe espagnole, ou autres maladies infectieuses. Les progrès de l’hygiène et de la médecine ayant fait reculer les « microbes » et considérablement allongé la durée de la vie, les cancers et les maladies cardio-vasculaires, qui n’avaient pas le temps de se développer lorsque nous mourions à quarante ans, sont devenus aujourd’hui les principales causes de mortalité.
L’évolution est la même chez nos animaux de compagnie : le chien de ferme qui arrivait difficilement à l’âge de trois ou quatre ans quand il n’était pas mort à six mois de la maladie de Carré, avait peu de chances de développer une tumeur. Nos animaux de compagnie actuels, qui vivent majoritairement à l’intérieur des maisons, et sont le plus souvent correctement vaccinés, vermifugés et bien nourris, atteignent des âges vénérables (couramment quatorze ou quinze ans pour un chien, davantage pour un chat), qui laissent tout le temps aux maladies cancéreuses ou dégénératives (cardiaques ou rénales notamment), de se développer. Ajoutons à cela des facteurs environnementaux (pesticides et polluants divers) dont l’incidence est difficile à déterminer chez nos animaux de compagnie, mais qui ne doit pas être moindre que chez l’humain, et le fait que des cancers qui n’étaient pas diagnostiqués hier le sont aujourd’hui (avant l’échographie, et à moins de pratiquer une autopsie, comment pouvait-on savoir que tel chien était mort d’un cancer du foie ?). Tout cela fait que le cancer est aujourd’hui la première cause de mortalité chez le chien, et l’une des premières causes de décès chez le chat (les chiffres varient selon les études, dans cette espèce).
Alors, que pouvons-nous proposer pour lutter contre les cancers de nos animaux de compagnie ? En premier lieu, les prévenir, bien sûr. Ce n’est pas toujours possible mais quand ça l’est (notamment pour les tumeurs mammaires), il ne faut pas s’en priver. Si le cancer survient malgré tout, le diagnostiquer : savoir détecter sa présence, précocement tant qu’à faire, et l’identifier, pour pouvoir ensuite le traiter. Avant d’envisager ces trois étapes, il sera utile de dire un mot des principaux cancers qui peuvent affecter nos chiens, chats et NAC. Nous ne les décrirons pas tous en détail : la totalité de ce site (et toutes les nuits des auteurs pendant quelques années), n’y suffiraient pas. Nous nous limiterons à l’étude des tumeurs les plus fréquentes, ou présentant un intérêt particulier.
A noter que d’autres articles de ce site (certains encore en construction) se rapportent au même sujet : une page sur les chimiothérapies, une sur la chirurgie des tissus mous, et une plus spécifiquement consacrée aux tumeurs mammaires.
Tumeur, cancer, métastases… pour pouvoir bien tout comprendre, on va commencer par définir quelques termes, et pour ça, quelle meilleure source que l’Institut National du Cancer ?
Tumeur : Grosseur plus ou moins volumineuse due à une multiplication excessive de cellules normales (tumeur bénigne) ou anormales (tumeur maligne). Les tumeurs bénignes (comme par exemple les grains de beauté, les verrues…) se développent de façon localisée sans altérer les tissus voisins. Les tumeurs malignes (cancer) ont tendance à envahir les tissus voisins et à migrer dans d’autres parties du corps, produisant des métastases.
Cancer : Maladie provoquée par la transformation de cellules qui deviennent anormales et prolifèrent de façon excessive. Ces cellules déréglées finissent par former une masse qu’on appelle tumeur maligne. Les cellules cancéreuses ont tendance à envahir les tissus voisins et à se détacher de la tumeur. Elles migrent alors par les vaisseaux sanguins et les vaisseaux lymphatiques pour aller former une autre tumeur (métastase).
Métastase : Tumeur formée à partir de cellules cancéreuses qui se sont détachées d’une première tumeur (tumeur primitive) et qui ont migré par les vaisseaux lymphatiques ou les vaisseaux sanguins dans une autre partie du corps où elles se sont installées. Les métastases se développent de préférence dans les poumons, le foie, les os, le cerveau. Ce n’est pas un autre cancer, mais le cancer initial qui s’est propagé. Par exemple, une métastase d’un cancer du sein installée sur un poumon est une tumeur constituée de cellules de sein ; ce n’est pas un cancer du poumon. Le risque de développer des métastases dépend des particularités de la première tumeur.
Photo de gauche : métastases pulmonaires de tumeurs mammaires chez une chatte. A droite : échographie montrant des métastases ganglionnaires d’un carcinome de sac anal (ganglions iliaques, le long des gros vaisseaux).
Pour illustrer à la fois les termes carcinome, métastases et bilan d’extension ! A gauche : cytoponction de la paroi gastrique chez un montagne des Pyrénées de 7 ans présenté pour vomissements de plus en plus fréquents, et perte de poids. L’échographie abdominale avait montré une paroi de l’estomac très épaissie (2,5 cm) avec disparition des couches normales, et plusieurs ganglions de taille augmentée et de forme ronde, sous la rate et le long de l’aorte. Les cytoponctions de la paroi gastrique ont montré de nombreuses cellules grandes à géantes, isolées ou en amas, à cytoplasme basophile et vacuolé, avec de nombreuses atypies cytonucléaires (ici, une cellule géante à trois noyaux). Photo de droite : des amas de cellules semblables à celles de l’estomac ont été trouvées sur les ponctions de l’un des ganglions hypertrophiés. L’examen cytologique a ainsi confirmé l’hypothèse d’un adénocarcinome gastrique, avec métastases aux ganglions régionaux.
Sarcome : Cancer qui se développe au niveau des tissus conjonctifs (tissus servant de soutien, d’emballage, de protection ou de remplissage aux autres organes du corps : os, muscle, graisse, vaisseaux…). Chacun de ces éléments peut être à l’origine d’un sarcome.
Bilan d’extension : Ensemble d’examens médicaux destinés à évaluer l’étendue d’un cancer et la présence ou non de métastases dans d’autres organes.
Chimiothérapie : Traitement d’un cancer par des substances chimiques qui tuent ou affaiblissent les cellules cancéreuses. Une chimiothérapie est un traitement général qui vise à détruire les cellules cancéreuses ou à les empêcher de se multiplier dans l’ensemble du corps. Il existe de nombreux médicaments de chimiothérapie, souvent associés entre eux pour augmenter l’efficacité du traitement. Ils peuvent être administrés par perfusion, piqûre ou sous forme de comprimés. Les médicaments de chimiothérapie touchent les cellules cancéreuses, mais aussi les cellules saines qui se divisent rapidement (cellules de l’intestin et de la moelle osseuse, notamment), ce qui peut provoquer des effets secondaires.
Biopsie : La biopsie est un examen médical qui consiste à prélever de petits fragments de tissu au niveau d’une anomalie observée lors d’un précédent examen médical. Les tissus prélevés sont ensuite analysés en laboratoire afin de confirmer le caractère cancéreux ou non de cette anomalie.
Nous n’allons pas décrire ici l’ensemble des tumeurs du chien et du chat, ne serait-ce que parce que comme on l’a dit plus haut, cela nous occuperait à plein temps pendant les dix prochaines années, et surtout, d’autres l’ont fait et le feront encore beaucoup mieux que nous. Nous n’allons pas non plus rentrer dans des détails très/trop techniques qui n’apportent pas grand chose dans une première approche, sauf à devoir décider du type de chirurgie ou de chimiothérapie que l’on va choisir pour traiter tel cancer chez tel animal ; (quel pourcentage de rémission avec une radiothérapie, sur ce carcinome de type T2 N1 M0 ?). Nous nous limiterons donc à la description, dans les grandes lignes, de quelques tumeurs, parmi celles que l’on rencontre le plus et/ou qui posent le plus de problèmes chez nos carnivores domestiques – quitte à en ajouter d’autres au fil des mois, et quand nous en aurons l’énergie ! Pour le moment, ce sera tumeurs mammaires, lymphomes, mastocytomes, sarcomes histiocytaires, hémangiosarcomes, tumeurs osseuses, et carcinomes épidermoïdes ; c’est parti !
Attention, il y a pire sur ce site, mais on parle de tumeurs, donc il y a des photos qui peuvent choquer !
On ne peut certes pas prévenir toutes les tumeurs, ce serait trop beau et ça se saurait, mais quand il existe un moyen, il ne faut surtout pas s’en priver ! Dans l'espèce humaine, si on arrête de fumer, le risque d'attraper un cancer du poumon diminue (et c'est bien aussi pour le chien de la maison, on le verra un peu plus loin). Si on habite Fukushima, c'est aussi une bonne idée de déménager. Eh bien chez nos animaux de compagnie, il existe aussi quelques moyens de prévenir les cancers ; on parlera ici de la prévention des tumeurs mammaires, de tumeurs liées à l'inflammation, notamment le complexe fibrosarcome félin, des lymphomes provoqués par le FeLV chez le chat, des tumeurs liées à des facteurs de l'environnement (soleil, tabagisme passif…), et du rôle de la génétique dans tout ça.

Se dorer au soleil, quand on est un chat, c'est bien (et quand on n'est pas un chat aussi, d'ailleurs). Mais attention, si on est un chat à oreilles, tempes et truffe blanches, c'est un coup à attraper des "coups de soleil", responsables d'une kératose actinique qui se transformera progressivement en carcinome épidermoïde !
Ben oui, comme il est dit dans le sous-titre, ça semble évident, mais il vaut quand même mieux être sûr que la grosse masse qui est sortie sous le ventre de mon chien est vraiment une tumeur, parce qu’il peut y avoir plein de « boules » ou de trucs bizarres qui poussent un peu partout sur (ou dans) le corps, qui ont l’air très inquiétants comme ça, mais qui ne sont pas des cancers ! Et inversement, certaines petites excroissances d'aspect tout à fait anodin peuvent être moins gentilles qu'il n'y paraît. Or en fonction du diagnostic - ou plutôt de l'absence de diagnostic - on court le risque de prendre des décisions inappropriées, depuis une chirurgie inadaptée jusqu'à, dans le pire des cas, une euthanasie injustifiée.
A gauche : l'énorme masse qui déborde de l'aisselle de ce chien n'est pas l'épouvantable tumeur qu'elle semble être : il s'agit juste d'un gros lipome, boule de graisse parfaitement bénigne et facile à retirer : on en verra la cytoponction en cliquant sur le bouton ci-dessous à gauche. Photo de droite : myélolipome splénique (= de la rate), tumeur tout aussi bénigne, chez une petite Jack Russel terrier de 12 ans. La petite chienne pesait 10 kg avant… et 8 kg après, la masse représentait donc 25% de son poids ! Sur la photo, on voit un morceau de rate (à droite), émerger de la grosse boule. Dans les deux cas, il aurait été dommage de renoncer à opérer, voire de décider d'euthanasier l'animal, au motif que la tumeur était énorme, donc sûrement très méchante, sans aller plus loin dans le diagnostic !
Cette grosse masse qui englobe de façon homogène et symétrique les deux dernières mamelles de cette jeune chatte, juste après ses premières chaleurs, est visiblement une mastose, et non deux tumeurs mammaires qui se seraient développées ensemble côte à côte !
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? d’abord, incontournables comme d'habitude, l'examen clinique et les commémoratifs : on regarde, on palpe, on demande depuis combien de temps c’est là, à quelle vitesse ça a poussé… Des fois, ça suffit pour avoir la réponse. Par exemple, un petit nodule un peu croûteux ou ulcéré sur le dos d’un berger allemand : on appuie dessus et il y a un beau tortillon vaguement répugnant qui en sort… eh bien ce n’est pas un cancer, c’est juste un comédon, un peu comme un point noir sur la figure, souvenir des années d’ado. Autre exemple : une hypertrophie mammaire d’installation rapide chez une jeune chatte dans les semaines qui suivent ses premières chaleurs (photos ci-dessus) : c'est un peu jeune pour être des tumeurs mammaires, en revanche, c'est très évocateur d’une fibro-adénomatose mammaire, également appelée mastose… si toutefois la chatte n’est pas tout simplement gestante. Il ne s’agit pas de tumeurs, et le traitement sera médical – en attendant, si possible, de stériliser la minette.
Donc on a recueilli nos commémoratifs, on a fait notre examen clinique, et ça ne nous suffit pas pour poser un diagnostic - ce qui est tout de même le cas le plus fréquent. Il va falloir passer aux étapes suivantes : cytoponctions, biopsies, et bilan d'extension.
Quand on pense tumeur ou cancer, on pense tout de suite chirurgie : quoi de mieux en effet que quelques bons coups de bistouri, pour se débarrasser radicalement de l'horrible boule de cellules malignes qui poussait sur, ou à l'intérieur de cet animal ? C'est parfois suffisant, quand on est face à une tumeur bénigne, ou une tumeur maligne qui n'a pas eu le temps de métastaser : on en a vu quelques exemples dans les pages précédentes, avec notamment d'épouvantables tumeurs de la rate pesant jusqu'au quart du poids du chien et s'avérant, après exérèse chirurgicale et analyse, tout à fait bénignes, l'animal poursuivant alors son existence avec une espérance de vie normale. Malheureusement, le tableau n'est pas toujours aussi idyllique : la tumeur peut être maligne, ou inopérable, ou opérable mais on sait qu'on ne pourra pas tout retirer, ou bien les métastases sont déjà parties mais on opère tout de même après discussion avec les propriétaires parce que la tumeur primitive est grosse, ulcérée, et que l"alternative est l'euthanasie immédiate ou l'opération, etc etc.

Dans la plupart de ces cas de figure, la chirurgie seule ne suffira pas, et il faudra alors avoir recours à la chimiothérapie, ou à la radiothérapie, ou à deux ou trois de ces disciplines à la fois : un mastocytome disséminé inopérable pourra être traité par chimiothérapie avec un inhibiteur de la tyrosine kinase. Une tumeur mammaire maligne ou déjà métastasée pourra être opérée, une chimiothérapie étant mise en place dans la foulée de la chirurgie. Un fibrosarcome inopérable pourra être traité par radiothérapie. Inversement, une chimiothérapie ou une radiothérapie pourront être utilisées pour réduire la taille d'une tumeur inopérable en l'état, la chirurgie étant programmée une fois que la taille de la masse aura suffisamment diminué, etc. Quelques informations sur chacun de ces modes de traitement, en cliquant sur les boutons ci-dessous. Et en gardant toujours en tête que le but du traitement d'un cancer, chez nos animaux de compagnie, n'est pas forcément de guérir, mais de prolonger la vie dans de bonnes conditions… en sachant qu'évidemment, si on peut guérir, on ne va pas s'en priver !